Usufruit : définition, droits, fiscalité et fonctionnement du démembrement

L’usufruit est un droit réel qui permet à une personne de jouir d’un bien appartenant à une autre personne et d’en percevoir les revenus, sans pour autant en être pleinement propriétaire. Il constitue l’un des deux éléments du démembrement de propriété, l’autre étant la nue-propriété.

Mis à jour en juin 2026 — Rédaction Les Experts du Patrimoine

L’usufruit est un droit réel qui permet à une personne de jouir d’un bien appartenant à une autre personne et d’en percevoir les revenus, sans pour autant en être pleinement propriétaire. Il constitue l’un des deux éléments du démembrement de propriété, l’autre étant la nue-propriété.

Le démembrement est une technique juridique largement utilisée en gestion de patrimoine, notamment dans le cadre des successions, des donations, de l’investissement immobilier ou de certaines stratégies d’optimisation fiscale. Il permet de répartir les droits attachés à un bien entre plusieurs personnes selon des objectifs familiaux, patrimoniaux ou financiers.

L’usufruit peut porter sur de nombreux types de biens : immobilier, portefeuille de titres, parts de sociétés, contrat de capitalisation ou encore certains biens mobiliers.

Quelle est la définition de l’usufruit ?

L’usufruit est défini par le Code civil comme le droit de jouir des choses dont un autre a la propriété, à charge d’en conserver la substance.

Concrètement, l’usufruitier peut utiliser le bien et en tirer les revenus, tandis que le nu-propriétaire conserve la propriété du bien sans pouvoir en disposer librement pendant la durée de l’usufruit.

Quels sont les trois attributs de la propriété ?

Pour comprendre l’usufruit, il faut revenir à la notion de pleine propriété.

La pleine propriété se compose de trois droits :

L’usus

Il s’agit du droit d’utiliser le bien.

Le fructus

Il correspond au droit d’en percevoir les revenus ou les fruits.

L’abusus

Il désigne le droit de disposer du bien, notamment en le vendant ou en le donnant.

Dans un démembrement de propriété, l’usufruitier détient l’usus et le fructus, tandis que le nu-propriétaire conserve l’abusus.

Quels sont les droits de l’usufruitier ?

L’usufruitier bénéficie de prérogatives importantes sur le bien concerné.

Le droit d’utiliser le bien

Lorsqu’il s’agit d’un logement, l’usufruitier peut l’occuper à titre de résidence principale ou secondaire.

Il n’a pas besoin de demander l’autorisation du nu-propriétaire pour y vivre.

Le droit de percevoir les revenus

L’usufruitier peut mettre le bien en location et percevoir les loyers.

Dans le cas d’un portefeuille de titres, il peut percevoir les dividendes.

Pour certaines parts de sociétés, il peut également recevoir les revenus distribués.

Le droit de conclure certains actes de gestion

L’usufruitier peut accomplir les actes nécessaires à l’exploitation normale du bien et à son entretien courant.

Quelles sont les obligations de l’usufruitier ?

Les droits accordés à l’usufruitier s’accompagnent également de certaines obligations.

Conserver le bien

L’usufruitier doit utiliser le bien en bon père de famille et veiller à sa conservation.

Il ne peut pas le dégrader volontairement ni modifier sa destination sans accord.

Assumer les charges courantes

Dans le cadre d’un bien immobilier, l’usufruitier supporte généralement :

  • les dépenses d’entretien courant ;
  • les charges locatives ;
  • la taxe foncière ;
  • certaines réparations d’usage.

Respecter les droits du nu-propriétaire

L’usufruitier ne peut pas vendre seul la pleine propriété du bien.

Certaines décisions importantes nécessitent l’accord du nu-propriétaire.

Quels sont les droits du nu-propriétaire ?

Le nu-propriétaire conserve une partie essentielle des droits attachés au bien.

Il reste propriétaire

Même s’il ne peut pas utiliser librement le bien pendant la durée du démembrement, il en demeure juridiquement propriétaire.

Il récupère automatiquement la pleine propriété

À l’extinction de l’usufruit, le nu-propriétaire retrouve la pleine propriété sans frais supplémentaires ni taxation particulière dans la plupart des situations.

Cette réunion automatique constitue l’un des principaux intérêts du démembrement.

Il participe aux décisions importantes

La vente du bien ou certaines opérations exceptionnelles nécessitent généralement son accord.

Comment se constitue un usufruit ?

L’usufruit peut naître dans plusieurs situations.

À la suite d’une succession

Lors du décès d’une personne mariée, le conjoint survivant reçoit fréquemment l’usufruit d’une partie ou de la totalité du patrimoine successoral.

Les enfants deviennent alors nus-propriétaires.

Dans le cadre d’une donation

Les parents peuvent transmettre la nue-propriété d’un bien à leurs enfants tout en conservant l’usufruit.

Cette technique est particulièrement utilisée pour anticiper la transmission du patrimoine.

Par convention

L’usufruit peut également être créé volontairement dans le cadre d’une opération patrimoniale spécifique.

Quelle est la durée d’un usufruit ?

La durée dépend de la nature de l’usufruit.

L’usufruit viager

Il prend fin au décès de l’usufruitier.

C’est la forme la plus courante en matière patrimoniale.

L’usufruit temporaire

Il est constitué pour une durée déterminée à l’avance.

Cette durée est souvent comprise entre cinq et vingt ans selon les objectifs poursuivis.

Comment est calculée la valeur de l’usufruit ?

L’administration fiscale publie un barème permettant d’évaluer la valeur de l’usufruit et de la nue-propriété.

Le cas de l’usufruit viager

La valeur de l’usufruit dépend de l’âge de l’usufruitier.

Plus l’usufruitier est jeune, plus son usufruit possède une valeur importante puisque sa durée de vie statistique est plus longue.

À l’inverse, la valeur de la nue-propriété augmente avec l’âge de l’usufruitier.

Le cas de l’usufruit temporaire

Pour les usufruits temporaires, l’administration retient généralement une valeur correspondant à 23 % de la pleine propriété par période de dix ans.

Quelle fiscalité pour l’usufruit ?

Le traitement fiscal varie selon la nature du bien concerné.

Impôt sur les revenus

L’usufruitier déclare généralement les revenus générés par le bien.

Il est donc imposé sur les loyers, dividendes ou autres revenus qu’il perçoit.

Impôt sur la fortune immobilière (IFI)

Lorsqu’un bien immobilier est démembré, c’est généralement l’usufruitier qui déclare la valeur du bien à l’IFI.

Des exceptions existent dans certaines situations successorales.

Donation et succession

Le démembrement constitue un outil de transmission particulièrement utilisé car il permet de transmettre la nue-propriété tout en conservant l’usage ou les revenus du bien.

Pourquoi utiliser l’usufruit dans une stratégie patrimoniale ?

Le démembrement de propriété offre plusieurs avantages.

Préparer la transmission

La donation de la nue-propriété permet de transmettre progressivement son patrimoine tout en conservant un niveau de vie confortable.

Réduire certains droits de mutation

La base taxable est calculée uniquement sur la valeur de la nue-propriété transmise.

Conserver les revenus

Le donateur continue à percevoir les revenus du bien malgré la transmission anticipée.

Optimiser certains investissements

Le démembrement temporaire est parfois utilisé dans le cadre d’investissements immobiliers ou financiers spécifiques.

Quelle différence entre usufruit et nue-propriété ?

Ces deux notions sont indissociables.

L’usufruit

L’usufruitier utilise le bien et en perçoit les revenus.

La nue-propriété

Le nu-propriétaire détient le bien mais ne peut ni l’utiliser librement ni percevoir ses revenus pendant la durée du démembrement.

À l’extinction de l’usufruit, les deux droits se réunissent automatiquement pour reformer la pleine propriété.

Ce qu’il faut retenir sur l’usufruit

L’usufruit est un mécanisme juridique central en matière de gestion de patrimoine. Il permet à une personne d’utiliser un bien ou d’en percevoir les revenus tout en laissant la propriété juridique à un nu-propriétaire. Cette séparation des droits constitue la base du démembrement de propriété, largement utilisé dans les stratégies de transmission, de succession et d’optimisation patrimoniale.

Grâce à sa souplesse, l’usufruit permet de concilier plusieurs objectifs : préparer la transmission d’un patrimoine, conserver des revenus, protéger un conjoint survivant ou optimiser certains investissements. Son utilisation nécessite toutefois une bonne compréhension des droits et obligations de chaque partie ainsi que des conséquences fiscales associées.

Avant de mettre en place une opération de démembrement ou de transmission, il est recommandé de consulter un professionnel référencé dans l’annuaire des Experts du Patrimoine afin d’évaluer les solutions les plus adaptées à votre situation familiale, patrimoniale et fiscale.

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