Ancien officier de l’armée de Terre pendant dix-huit ans, Julien Vives a choisi de mettre au service de la gestion de patrimoine les qualités qui ont marqué son parcours : discipline, sens des responsabilités et capacité à prendre des décisions dans des environnements complexes. Fondateur d’ARKTOS Conseil & Patrimoine, cabinet indépendant basé à Paris, il défend une approche patrimoniale structurée autour des objectifs de vie de ses clients plutôt que de la seule recherche de performance.
Cette vision se reflète également dans sa participation au Championnat des Experts du Patrimoine. Avec une performance de 15,78 % dans la catégorie Fonds, Julien Vives figure parmi les meilleurs participants de l’édition 2026. Fidèle à une méthode fondée sur des convictions assumées, la patience et la maîtrise du risque, il privilégie une gestion cohérente sur la durée plutôt que les arbitrages dictés par les mouvements de marché à court terme. Dans cet entretien, il revient sur son parcours atypique, sa philosophie d’investissement et les enseignements qu’il tire de cette compétition qui met les stratégies des professionnels du patrimoine à l’épreuve des marchés.

1. Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre parcours ?
Officier de l’armée de terre pendant dix-huit ans, j’ai développé une discipline de long terme, le goût de l’analyse de risque et un sens aigu de la responsabilité envers ceux qu’on accompagne. En 2023, j’ai fondé ARKTOS Conseil & Patrimoine, cabinet de gestion de patrimoine indépendant basé à Paris (8e). Ce changement de cap n’était pas une rupture : c’est la même exigence éthique, appliquée à un autre terrain. Mon approche est ancrée dans une conviction simple — un patrimoine bien géré n’est pas un portefeuille optimisé, c’est un projet de vie structuré.
2. Qu’est-ce qui vous a motivé à rejoindre le Championnat ?
La curiosité intellectuelle, d’abord. Un CGP indépendant ne gère pas en mode compétitif au quotidien — il accompagne, il conseille, il prend du recul. Le championnat oblige à confronter ses convictions à la réalité des marchés dans un cadre plus court et plus exposé. C’est un exercice salutaire d’humilité. Et puis, c’est une occasion rare de dialoguer avec d’autres professionnels dont j’observe les stratégies : l’émulation est précieuse dans un métier souvent solitaire.
3. Comment décririez-vous votre philosophie d’investissement ?
Chez ARKTOS, nous partons d’un principe structurant : un patrimoine bien géré remplit trois fonctions distinctes, que nous appelons les trois socles.
Le Socle Préservation répond à ce que l’on doit — la sécurité économique de sa famille. Le Socle Vocation ordonne le patrimoine aux fins que l’on s’est fixées : éducation, retraite, transmission, engagements. Le Socle Croissance fait fructifier ce qui peut prendre du risque — pour alimenter les deux premiers dans la durée, et rendre possible ce qui dépasse le seul cercle familial.
Dans chaque socle coexistent deux exigences : ce que la gestion doit être pour être juste, et ce qu’elle peut être librement au-delà. La tension entre devoir et liberté n’est pas un conflit à résoudre — c’est la dynamique naturelle d’un patrimoine vivant.
Dans le championnat, je tente de transposer cette logique : des convictions sectorielles assumées, tenues dans la durée, sans paris sur la volatilité.
4. Quel a été votre plus grand succès ou enseignement depuis le début ?
Un enseignement de fond, d’abord : gérer des fonds et investir en titres vifs sont deux réalités fondamentalement différentes. Dans un fonds, on délègue la sélection — on manage une allocation, on pilote une enveloppe. En titres vifs, on investit en direct, on porte chaque décision, on assume chaque ligne. Ce que j’apprécie dans le championnat, c’est précisément qu’il permet les deux approches : on peut composer un portefeuille de fonds comme on construirait une allocation client, ou aller en actions directes et assumer chaque conviction titre par titre. Ce sont deux exercices intellectuellement très différents, et les comparer au sein d’une même compétition est une richesse rare.
Au-delà de ça : la patience est une stratégie à part entière. Tenir une ligne claire quand les marchés s’agitent est plus difficile qu’il n’y paraît — et souvent plus payant que de bouger pour « faire quelque chose ».
5. Quels sont vos objectifs pour la suite et votre message aux investisseurs ?
Rester fidèle à ma méthode jusqu’au bout — le classement final n’est qu’une des métriques. Mon message aux investisseurs qui suivent : méfiez-vous de ceux qui vous vendent de la performance sans vous parler de risque, de durée, et de sens. Un bon investissement, c’est d’abord un investissement que vous comprenez, qui s’inscrit dans votre projet de vie, et que vous pouvez tenir sans vous réveiller la nuit. C’est là-dessus qu’ARKTOS travaille chaque jour.