Le 3 mai 2025, lors de l’assemblée générale annuelle de Berkshire Hathaway à Omaha, Warren Buffett a surpris l’auditoire en annonçant son intention de se retirer de son poste de PDG d’ici la fin de l’année. À 94 ans, celui que l’on surnomme l’« Oracle d’Omaha » met ainsi un terme à une carrière exceptionnelle de plus de six décennies, au cours de laquelle il a transformé une entreprise textile moribonde en un conglomérat valorisé à plus de 1 000 milliards de dollars.
La déclaration a pris de court l’ensemble des participants, y compris Greg Abel, vice-président de Berkshire Hathaway, qui n’avait pas été informé à l’avance. Assis à ses côtés, ce dernier a entendu Buffett déclarer : « Je pense que le moment est venu pour Greg de devenir le directeur général de l’entreprise à la fin de l’année. » Cette transition marque un tournant historique non seulement pour Berkshire Hathaway, mais aussi pour le monde de l’investissement.
Buffett a justifié sa décision par les effets du vieillissement, évoquant une baisse de ses capacités physiques et cognitives. Il a parlé sans détour de ses difficultés croissantes de vision, d’équilibre et de mémoire, soulignant que, bien qu’il ne se soit pas senti vieux avant ses 90 ans, le déclin s’est accéléré depuis. Il estime désormais qu’il est temps de passer le flambeau à quelqu’un de plus jeune et plus dynamique.
Ce quelqu’un, c’est Greg Abel. Âgé de 62 ans, cet homme d’affaires canadien originaire d’Edmonton, Alberta, incarne la relève. Titulaire d’un diplôme en comptabilité de l’Université de l’Alberta, il a rejoint Berkshire Hathaway en 2000 et est devenu vice-président en 2018, chargé de superviser les activités non liées à l’assurance. Réputé pour sa discrétion, son efficacité et son humilité, Abel incarne parfaitement les valeurs défendues par Buffett, qui voit en lui le garant de la continuité.
Le passage de relais intervient dans un contexte de changement de paradigme pour les marchés financiers. Alors que les années récentes ont été dominées par les actions de croissance et l’investissement passif, l’approche défendue par Buffett — l’investissement fondé sur la valeur — pourrait connaître un nouvel essor. De nombreux experts estiment en effet que les conditions actuelles offrent un terrain favorable à une stratégie plus disciplinée et axée sur les fondamentaux. Greg Abel pourrait donc non seulement perpétuer l’héritage de Buffett, mais aussi le réactualiser.
Enfin, il est important de souligner l’empreinte durable laissée par Warren Buffett. Sous sa direction, Berkshire Hathaway a généré un rendement annuel composé de 20 %, soit deux fois plus que le S&P 500. Mais son influence dépasse les chiffres. Sa frugalité, sa rigueur, son bon sens et son engagement philanthropique — notamment via le Giving Pledge — ont fait de lui un modèle d’intégrité et une figure de référence dans la finance mondiale.