Les Bourses européennes semblent s’inspirer des Saturnales romaines : cette fois, ce sont les actions domestiques – longtemps reléguées au second plan – qui prennent la lumière, reléguant les grandes valeurs exportatrices au rang de figurantes. Un renversement inattendu, mais pas illogique, dans un contexte de tensions géopolitiques et de mutation économique.
Depuis le début de l’année, les entreprises centrées sur le marché intérieur européen surperforment nettement celles tournées vers l’international. Rien à voir avec 2018-2019, où les premières escarmouches commerciales avec la Chine n’avaient pas empêché les valeurs exportatrices de briller. Le paradigme a changé.
En cause ? D’abord, la nouvelle offensive tarifaire américaine, portée par Donald Trump. Ensuite, une Chine toujours convalescente sur le plan de la consommation – un point sensible pour les géants du luxe. Et surtout, un euro en pleine ascension (+10 % depuis janvier), qui pèse sur les exportateurs mais allège la facture des importateurs.
Côté valeurs domestiques, le vent tourne favorablement. Le renforcement de l’euro améliore leur pouvoir d’achat, notamment pour celles qui importent des matières premières libellées en dollars. Mais surtout, les plans d’investissement massifs – en Allemagne comme au niveau européen avec ReArm Europe – redonnent du souffle à une croissance potentielle trop longtemps atone.
Selon Enguerrand Artaz, gérant chez La Financière de l’Echiquier, cette dynamique pourrait durer. Malgré leur rebond, les valeurs domestiques restent décotées, et plusieurs catalyseurs restent à venir : une possible dérégulation européenne, un réveil de la consommation intérieure, et une normalisation post-Covid encore en cours.
Un retournement de cycle silencieux mais profond. Et cette fois, les domestiques ne sont pas juste de passage au bal des maîtres.
