Depuis quelques mois, l’Italie semble incarner une forme de renaissance économique. À en croire certains commentateurs, la péninsule aurait retrouvé des couleurs enviables : exportations en hausse, PIB par tête revenu au niveau de la France, taux de chômage historiquement bas, et une dette publique stabilisée à 135 % du PIB – soit son niveau d’avant-Covid. Une série d’indicateurs qui tranche avec les performances jugées décevantes de sa voisine française.
Dans une analyse aussi rigoureuse que nuancée, Véronique Riches-Flores invite pourtant à relativiser ce tableau. Si la trajectoire italienne paraît flatteuse, elle ne constitue ni un exploit isolé dans le sud de l’Europe, ni un modèle indiscutable. Le retour en grâce de l’Italie s’explique en grande partie par l’évolution du contexte européen, plus bienveillant à son égard ces dernières années, et par un effet de rattrapage économique post-crise.
Quant à la stabilisation de la dette italienne, elle doit autant à des arbitrages budgétaires favorables qu’à une politique de taux accommodante de la BCE, qui a contribué à l’écrasement des spreads de taux franco-italiens. De là à ériger l’action de Giorgia Meloni en miracle économique, le pas est vite franchi – trop vite, selon Riches-Flores.
L’économiste rappelle que derrière les statistiques flatteuses se cache une réalité plus contrastée. Le tissu industriel italien reste fragile, la dynamique d’investissement timide, et les défis structurels toujours nombreux. Si comparaison il doit y avoir, elle ne saurait masquer les difficultés propres à chacun des deux pays. Mais elle peut, en revanche, alimenter une réflexion utile : l’Italie s’en sort mieux lorsqu’on lui laisse davantage de marge de manœuvre européenne. Une leçon que la France – et Bruxelles – auraient tout intérêt à méditer.