Dans un article aussi analytique que pédagogique, Florent Wabont, économiste chez Ecofi, décortique les effets réels des hausses de droits de douane sur l’inflation américaine. Alors que l’administration Trump multiplie les annonces tonitruantes et les revirements stratégiques, le taux effectif moyen des droits de douane aux États-Unis a bondi de 2,4 % fin 2024 à près de 15 % aujourd’hui. Un choc théorique… mais que les chiffres de l’inflation ne semblent pas encore pleinement refléter.
Et pour cause : l’inflation cœur reste sage, autour de 2,8 %, et certaines catégories frappées par les droits de douane – jouets, produits électroniques, équipements domestiques – voient leurs prix grimper. Mais d’autres secteurs, comme l’automobile ou l’habillement, pourtant en première ligne, restent étonnamment stables. Le cœur de l’explication, selon Wabont, réside dans le comportement des entreprises face à ces nouvelles contraintes de coûts.
Trois scénarios sont envisagés :
- Les entreprises répercutent intégralement la hausse sur les prix – peu probable à court terme.
- Elles n’augmentent pas les prix, absorbant les hausses dans leurs marges – possible, mais marginal.
- Le plus réaliste : un ajustement progressif, entre répercussion partielle sur les prix et grignotage des marges, modulé selon la position concurrentielle ou le stock disponible.
Les enquêtes conjoncturelles (notamment de l’ISM) confirment cette dynamique hybride : les entreprises reconnaissent une montée de leurs coûts et envisagent d’ajuster leurs prix sur plusieurs mois, avec un effet décalé à l’échelle macroéconomique.
Florent Wabont anticipe donc une hausse graduelle de l’inflation dans les prochains mois, potentiellement visible d’ici la fin de l’été. Une donnée cruciale à surveiller de près pour la Fed, à l’approche de sa prochaine réunion de politique monétaire du 18 juin.