Le fameux « jour de la libération » du 2 avril restera sans doute moins comme un symbole politique que comme le point de départ d’une phase de volatilité intense pour les marchés financiers. Pourtant, à la faveur d’un retournement diplomatique aussi spectaculaire qu’inattendu, les investisseurs qui ont tenu bon sont désormais récompensés : le MSCI World a effacé ses pertes d’avril et retrouve ses niveaux de février.
Le catalyseur ? Un week-end décisif à Genève, où Scott Bessent et He Lifeng, émissaires économiques américain et chinois, ont désamorcé un véritable brasier commercial. À 145 % et 125 % de droits de douane respectifs, Washington et Pékin flirtèrent avec l’embargo total. Il n’en sera (provisoirement) rien. Derrière la façade, la pression des géants américains de la distribution et l’érosion politique de Donald Trump ont sans doute pesé plus lourd que prévu.
Cette trêve réduit le risque d’un scénario stagflationniste aux États-Unis, en rétablissant une partie de la chaîne d’approvisionnement mondiale. Les prévisions de croissance sont d’ailleurs révisées à la hausse : +1 % pour les États-Unis (selon Goldman Sachs) et +4,6 % pour la Chine. Mais l’euphorie reste relative. Les tarifs douaniers restent à 15 %, bien au-dessus des 3 % de janvier, et aucun des déséquilibres structurels entre les deux puissances n’a été résolu.
Alors, que faire après ce rallye éclair ? Pour Pierre Pincemaille, le marché montre déjà des signes de surchauffe. Les indicateurs techniques affichent un retour brutal du pessimisme à l’optimisme : RSI en surachat, 85 % des indices au-dessus de leur moyenne mobile, et un retour en force des techs dans les portefeuilles. La liquidité baisse, la peur de rater la hausse gagne… bref, une configuration classique de MOFO (momentum driven, fear of missing out).
De là à sortir les vieilles maximes comme « Sell in May and go away » ? Peut-être pas. Mais pour les investisseurs avertis, le climat actuel exige plus de lucidité que d’euphorie, surtout après un retournement aussi rapide que fragile.
